Arts numériques

L’étude d’un nuage moléculaire  rend compte d’une structure « filamentaire » déduite de l’analyse, par un algorithme de recherche de segments, d’une carte présentant la densité de colonne en fonction des coordonnées célestes de l’objet. Cette (longue) phrase décrit succinctement le résultat majeur obtenu à partir des données Herschel et de l’algorithme Disperse (e.g. Hill et al. 2011 ; Tremblin et al. 2014). Néanmoins, affichée dans une exposition en légende d’une belle image de Vela C, elle laissera le visiteur perplexe. Cette incompréhension notable entre les visiteurs d’une exposition sur l’astrophysique recherchant une expression esthétique de ce qui est caché (au sens divin du terme) et la tentation positiviste du chercheur exposant son travail de ne dire que ce que la recherche produit serait alors immédiate. Il faut alors changer les codes, coloriser l’image, utiliser l’art pour étendre le cercle d’initiés à l’astrophysique. En quelque sorte, il faut stimuler la rêverie et l’imagination qui, comme le disait Bachelard, sont bien à souvent à la source de l’intuition scientifique et persistent dans la durée, faisant obstacle à l’expression pure de la raison abstraite et sans image : « On ne peut étudier que ce qu’on a d’abord rêvé. La science se forme plutôt sur une rêverie que sur une expérience et il faut bien des expériences pour effacer les brumes du songe. […] L’imagination travaille en dépit des oppositions de l’expérience. On ne se détache pas du merveilleux quand une fois on lui a donné sa créance, et pendant longtemps on s’acharne à rationaliser la merveille plutôt qu’à la réduire ».

Faut-il alors jouer sur cette corde sensible alliant rêverie et imagination pour attirer le visiteur d’un moment scientifique vers l’expression abstraite d’un résultat scientifique ? Faut-il concevoir des représentations de l’astrophysique s’adressant à un cerveau dual comme le concevait Nietzsche ? L’astrophysique se prête particulièrement bien à cette expérience. Entre la description poétique de l’univers d’Ovide dans les Métamorphoses et la conception positiviste de Diderot dans la Lettre sur les aveugles, notre vision actuelle de l’univers demeure une source d’imagination pour la représentation picturale des signaux captés par les détecteurs ou encore pour la mise en forme d’un résultat abstrait. La première expérience s’exprime dans la série de films d’animation « Picturing star motion » dont le titre s’inspire d’une exposition à Londres en 2011 consacrée à Degas et à la peinture du mouvement.

Avec l’artiste numérique Paco Abelleira, nous tentons ici de donner une impression de mouvement aux résultats d’Herschel sur la formation stellaire, sinon figés dans leurs couleurs arc-en-ciel.

Dans une deuxième œuvre, nous avons proposé une expérience sensible des filaments interstellaires d’un nuage moléculaire avec les artistes numériques de KimChi and Chips.

Une troisième expérience nous plonge avec l’artiste Ryoichi Kurokawa dans unfold, une installation visuel, sonore et haptique s’inspirant de résultats récents sur la formation stellaire :

Publié dans culture

Catégories